Transcription enseignement oral du  11 avril 2021

  LE KARMA

La loi et le pardon, la miséricorde. L’intention.

Le karma a été inventé si je peux dire pour que les personnes
puissent s’expliquer les malheurs qui arrivent.
Un peu comme dans les religions du livre, les 3 religions (hébraïque, islamique et chrétienne) on a cette idée du péché originel.
Et il n’y a pas que dans ces traditions là. Il y a une tendance très répandue  où on dit on a besoin d’être sauvé. On a perdu le paradis, c’est l’histoire de l’âge d’or.
Ça va moins bien qu’avant (ce qui est une illusion…) C’est parce qu’on a mérité d’être déchus. Un peu comme les enfants qui se sentent  responsables quand les parents se séparent,  parce comme nous, ils se  croient le centre du monde et ils trouvent un sens. La culpabilité donne un sens à quelque chose qui serait trop insupportable. Le karma est une loi de causalité. Ces événements, la vie d’aujourd’hui est la résultante d’actes posés auparavant.
Dans la vision orientale, on estime que les actes nous suivent et c’est le karma de la personne de porter ce qu’elle a déclenché. Après s’opposent (ou se complètent?) la ferveur, l’ouverture du cœur, la compassion et le pardon et donc La rédemption. Par exemple dans la Bhagavad-Gîtâ, texte paradoxal, comme tous  les textes fondamentaux.
Il y a le côté de la loi : le karma, c’est le karma. Dans ta vie actuelle tu dois assumer le karma germé qui est le tien et ça peut donner une forme de résignation même institué dans la société. Par exemple en Inde si tu es une femme ou de basse caste, tu  souffres et on l’explique par un karma négatif !… Pendant longtemps dans le bouddhisme ancien, on disait que pour vivre l’éveil, il valait mieux être un homme…
Mais dans la Bhagavad Gîtâ, Krishna dit « si tu te tournes vers moi avec ferveur, si tu me dédies tes actes, que tu m’offres une fleur ou un fruit alors tout est effacé dans Mon Amour». On retrouve l’intention. C’est aussi ce que dit Jésus face au paralytique « lève-toi et marche » tu es sauvé, arrête de te rendre malade de l’indignité que tu crois payer. On connaît des personnes qui sont malades parce qu’elles sont écrasées par le poids de la culpabilité. Et le maître dit « Tu es pardonné, lève-toi et marche » et le gars se lève et il est sauvé. C’est extraordinaire. Il n’y a pas de prix à payer. C’est une religion d’amour alors que le christianisme institué n’a pas spécialement écarté le jugement la pénitence, la culpabilité. Ils ont même transformé le «tu es sauvé » de Jésus en «vous avez besoin d’être sauvés, sentez-vous pécheurs et repentez-vous ! ».

Shiva dit «mes amoureux, mes amoureuses, venez danser avec moi. Posez le pied sur l’ignorance (Mâra) redressez-vous et créez votre chorégraphie funambule ». Il est important de travailler la connaissance. Cet élan ne va pas forcément nous empêcher de subir les conséquences de ce que l’on a posé dans cette vie. Et les conséquences ne sont pas forcément liées à quelque chose dont nous sommes responsables. Par exemple nous avons un corps qui s’est composé, qui est responsable de l’univers entier puisque depuis l’œuf primordial nous sommes un corps de nourriture nous avons été nourri par l’univers entier (plantes, animaux) nous sommes composés de toutes sortes de vibrations mémoires et c’est ce qu’on en fait qui importe. Mais nous sommes aussi promis à la mort, Dieu merci sinon on n’aurait pas de naissances. Il faut que le vieux fasse la place au neuf ! Nos corps vieillissent et nous le ressentons, on sent l’entropie. Ce n’est pas parce qu’on est coupable qu’on vieillit. Dans certains milieux on a tendance à juger les personnes qui sont dans l’épreuve  maladie, perte d’enfant, accident… et dire  c’est que quelque part elle l’a bien mérité… Cela entretient la culpabilité et la nécessité d’un sauveur.

Donc il y a la vision du  karma vécu du point de vue de la culpabilité ou de la rétribution juste et il y a la force infinie  du pardon, de la rédemption et ce n’est pas la même chose.

 

Q : La place de l’intention par rapport à l’acte. Le jugement.

Fragments de réponses en vrac
L’acte a son importance et il porte des conséquences. Et on peut aussi faire souffrir avec la meilleure intention du monde.  Certains peuvent être saisis par une volonté de transformation « pour  le bien de l’autre ». On pense à cette parole « Pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »  et en même temps on nous demande de savoir ce que nous faisons. Il y a une exigence.
Des personnes peuvent être des bourreaux sans intention de nuire. Je prends l’exemple d’un oncle  amoureux de sa nièce et qui acte sa pulsion… il n’y a pas d’intention de nuire, il peut même y avoir de l’amour,  un amour pervers,  mais la vie du jeune est éclatée dans sa construction. Donc c’est très complexe cette idée d ‘acte et d’intention.

La loi du DHARMA est de faire en sorte  de se comporter pour que tous les rapports soient harmonieux, justes, avec un souci esthétique, éthique. Si on va à l’encontre de cette loi, la théorie du Karma dit que l’on va forcément en récolter les fruits négatifs. Mais la loi demande de discriminer.  Je m’élève contre ceux qui disent « je l’ai fait parce que je l’ai senti », ou « c’est l’énergie ». Dans la société, on entend souvent « il n’est pas responsable parce qu’il était sous l’emprise de la drogue ». D’accord, mais il est quand même responsable d’avoir pris de la drogue. Nous sommes responsables de réfléchir, et d’évaluer les conséquences. Apprendre ce qui est juste. Très vite on peut dire c’est du jugement. Oui, juger, on peut le voir comme négatif ou positif, C’est une faculté fondamentale qui ressort du chakra ajna. Cela peut être négatif si ça tourne à l’accusation sans pardon, sans rédemption.

Il faut arrêter d’entretenir la culpabilité. La culpabilité est l’envers du désir éthique et elle est le côté négatif de notre profond désir de donner du sens à tout. On se dit « mais pourquoi ? »  Et on développe des lois de causalité. En fait il y a des milliers d’enchaînements de causalité différents pour un seul événement. C’est ce que le cousin de Gabriel Monod Herzen, Jacques Monod avait développé dans sa thèse «  le hasard et la nécessité ».
On appelle hasard une suite de causalités mais tellement grande qu’on ne peut pas l’envisager intellectuellement. Par contre on imagine une nécessité et donc on se crée un destin. Chacun de nous se raconte la légende de sa vie on a des souvenirs qu’on a magnifiés ou qu’on nous a raconté ou des souvenirs qui nous ont blessés autour desquels on a construit notre statut de victime… Peu importe La couleur du souvenir, et on trie… chacun de nous se raconte sa propre histoire. Le bel enseignement du Bouddhisme c’est de dire on n’est personne. Ça s’appelle la légende. La légende (légenda) signifie « ce qui doit être lu ». Je rencontre des personnes que leur légende enfonce. Elles sont  dans le déni d’elles-mêmes et trouvent d’une part qu’elles sont victimes et d’autre part  qu’elles ont mérité leur malheur entretenu…D’autres ont des légendes plutôt positives. Ça dépend aussi de la façon dont on a été élevé, des paroles, du regard des parents.
On peut avoir été dans l’erreur, dans l’ignorance.  On doit faire en sorte de ne pas cultiver l’ignorance. C’est  une notion très bouddhiste, l’égo fabrique de l’ignorance pour ne pas se remettre en question. On peut faire souffrir sans vouloir faire du mal. Il faut arrêter de se faire souffrir parce que l’on fait souffrir, c’est du masochisme qui accroît le malheur sur terre
C’est très dur parfois. Quand une situation n’est pas juste, on va faire souffrir certainement en refusant un abus, en rectifiant, en clarifiant.  Mais en fait si on ne place pas les limites, la souffrance est peut-être plus grande. Et nous ne pouvons pas nous plier aux désirs projetés sur nous. Il se peut par exemple que nous positionnant, nous réveillions un fort sentiment d’abandon ou de trahison qui appartient à la personne qui en souffre….
On est en responsabilité d’empêcher de nuire des personnes qui ont déjà nui à d’autres ou à nous-mêmes et les laisser continuer c’est participer, être complice, se laver les mains, c’est dire « ça ne me concerne pas ». C’est très délicat d’accueillir quelqu’un dans son entièreté, dans sa part divine, dans le cœur d’absolu en lui  et en même temps de trouver une position une réaction juste qui lui indique une voie de rédemption. Toute personne qui a besoin d’âtre pardonnée doit prendre conscience qu’elle a offensé, prendre conscience de la gravité des faits.. On peut dire qu’elle n’était pas consciente quand elle a fait ça…. elle n’avait pas l’intention de nuire… Mais néanmoins ça se paye très très cher. On ne  peut pas effacer la conséquence des actes par les intentions  par contre c’est très important quand même de voir l’intention.
Par rapport à notre propre chemin nous avons à nous comporter, à trouver l’exigence de penser et de réfléchir. De ne pas agir par pulsion, impulsion, que l’on pourrait appeler intuition, sans avoir pesé sans  assumer. On a cette nécessité  d’avoir un jugement clair, un discernement  des actes que nous posons. Cela rejoint un de 3 karma qui est le karma que nous fabriquons maintenant .Nous faisons des choix.

Je reviens à la loi : il y a la loi et il y a l’amour. Dans l’icône représentant Jésus avec un œil sévère et un œil doux, on dit qu’il a un œil de justice et un œil de miséricorde. Il faut que justice soit faite. Quand cela n’a pas été juste il y a quelque chose de pourri qui est caché et qui remonte. La loi d’amour demande d’accueillir, de faire la place à celui, celle qui s’est coupé de sa nature profonde et qui erre dans quelque chose de néfaste alors qu’on sait qu’il y a une part de nous qui lui ressemble. C’est notre frère, notre sœur égarée. Donc il  faut faire la place à ça, s’orienter pour demander à essayer d’aider à se transformer, à retrouver pour la personne son  Svadharma, mais en même temps la phase négative peut être le refus de distinguer et donc une lâcheté. Si on dit « tout le monde est beau, tout le monde est gentil » on ne peut plus distinguer les actes et les personnes et on a besoin de ça.

Dans les textes anciens  on évoque des personnages qui sont punis à cause des fautes commises par leurs parents (La bible, Œdipe..) et l’évolution se fait peu à peu jusqu’à Krishna  qui parle du karma et d’un autre côté dit qu’il n’en a rien à faire parce que « si tu m’offres une fleur tu es libéré tu es dans la bhakti, la ferveur, l’amour…et il n’y a plus rien que cet amour ».